Charles Dornier

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Charles DORNIER   (1873 - 1954)

Conteur, romancier, auteur dramatique,
Traducteur des classiques latins et grecs,
critique littéraire...

 


 

                     Poète, ouvre ton cœur aux douceurs du retour

                          Le seuil, pour t'accueillir, s'avance sur la route,

                             Blanche, la porte rit à l'ombre du toit lourd,

                              Et la fenêtre avec ses deux volets écoute.

 

                              Ton souvenir hanté de sites merveilleux

                              Va goûter à nouveau la beauté familière

                                         Du village natal...

                                                                            (l'Ombre du Toit)         

 

          Charles DORNIER, fils du maréchal-ferrant est issu d'une famille paysanne "descendue" des plateaux du Jura pour profiter des douceurs d'un lieu où "la Loue à son arrivée dans la plaine, est large et divagante... D'un cours errant, déployant ses anneaux, roulant un large flot, elle est la gaîté de cette longue plaine du Val d'Amour, aux paysages ensoleillés..." 1

          Il naît le 20 janvier 1873, à Liesle, village du Doubs, aux confins de ce val, si bien nommé. En bordure de la forêt de Chaux, la nature est boisée et propice au mystère. Dans ces horizons bleutés, barrés par les puissantes et majestueuses assises du Mont Poupet, son enfance est bercée de récits féeriques et de légendes comtoises que l'on raconte, le soir à la veillée.

 

Puis les vieux, sans cesser la besogne

Content aux jeunes gens les récits d'autrefois

Et quand ils se sont tus, noir revenant qui cogne

Le vent à la légende ajoute plus de foi...

                                                             (la Veillée à la ferme)

C'est la Loue et son gouffre où la Vouivre qui rôde

entraîne l'imprudent chevalier…

 

La Dame verte, douce aux amantes accortes

Et sages, mais sévère aux fautes des époux...

Le lutin, protecteur des champs et des granges…

Le sire de Roulans luttant en Terre Sainte...

Les présents généreux ou funestes des fées,

Les ruses de Satan trouvant plus fin que lui...

                                                                       (Légendes et Chansons de Comté)

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(suite)

Après l'école communale, il poursuit de brillantes études au lycée et à la faculté de Besançon.

          Dès 1890, il monte à Paris pour préparer l'École Normale Supérieure et occupe la fonction de répétiteur au lycée Henri IV. Il passe ses dimanches dans le Quartier Latin.

          En 1900, après des débuts en province, il revient à Paris accomplir toute sa carrière universitaire et parallèlement se tourne vers les lettres. Il collabore à des revues "jeunes" et y publie ses premiers vers, aussitôt très remarqués et comparés à ceux d'Alphonse de LAMARTINE. Charles, quant à lui, se réclame d'Émile VERHAEREN et de SULLY-PRUDHOMME.

          En 1905, c'est d'ailleurs le prix de ce dernier et le prix FOLOPPE qu'obtient la Chaîne du Rêve, son premier recueil de poèmes et Sous le Masque, un acte en prose de 1907, remporte un vif succès au théâtre du faubourg Saint-Antoine.

          Dans l'Ombre de l'Homme (1908), il s'affirme "poète social" et écrit avec succès les aspects nouveaux que le machinisme et l'industrialisme moderne apportent à la nature et aux sentiments humains.

          En 1909, il est secrétaire-archiviste de la Société des Poètes français et fait partie du jury de l'annuel Salon des poètes. Son poème L'Arbre, obtient le premier prix au concours du Matin, à l'Odéon.  

          L'année suivante, il publie le Val d'Amour, nouvelles franc-comtoises hommage à sa terre natale.

          1914: L'Académie française couronne un nouveau recueil: Notre Pain quotidien.

          C'est pour lui la grande consécration. C'est, aussi, le début de la Grande Guerre.

 

Les obus, et la boue, et le gel, ces quatre ans

De carnage sur l'eau, dans le ciel, sous la terre…

                                                                  (la Veillée à la ferme)

 

             Bien qu'étant d'une classe ancienne, il prend part au combat, en première ligne. Il en revient encore plus empreint d'humanité, d'amour et de patriotisme et l'exprime dans les écrits qui se succèdent; les Sillons de Gloire (poèmes de guerre 1918), l'Ame au miroir (prose 1920), le Livre épique (anthologie des poèmes de la grande guerre en collaboration avec Ernest PRÉVOST 1920), Feux et Chant dans la nuit (1922)

          Avec La Consigne (1923) et les Demi-Mariées (1924), il signe deux romans.

          En 1925, il devient titulaire de l'ordre de la légion d'honneur, au titre de poète, ancien vice-président de la Société des Poètes français.

          Outre une traduction en vers des Bucoliques et des Géorgiques de Virgile (1926), il apporte son concours intellectuel aux œuvres de solidarité sociale ainsi qu'à la plupart des grandes revues et des grands journaux de Paris, de la  province et  même de l'étranger.

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(Suite)

Il présente, en 1932, Du nouveau ou la Plus Aimée, un drame révolutionnaire de trois actes en prose ainsi que Les Sonnailles dans les Combes, poèmes comtois. Ce dernier ouvrage ne comporte, en fait, aucun poème inédit. Il condense tous les vers concernant la Comté parus depuis la Chaîne du Rêve (1905) jusqu'au Mur de Lumière couronné par l'Académie française, en 1929.

          La vie parisienne n'a  jamais amoindri son amour pour la Comté. Bien au contraire, il défend  l'idée d'un mouvement régionaliste littéraire la faisant rayonner au-delà de ses frontières et encourage les jeunes auteurs comtois, telle Andrée MATHEY-DORET, de Buffard (Douceur des choses 1934).

 

Dans l'horizon des monts que les sapins effrangent

J'aime à revoir chaque an le vieux pays comtois...

 

Rien qu'à fouler ce sol je sens que se réveille

Mon passé. Je respire un air plus pur au ciel...

 

Au détour d'un sentier, je revois ma jeunesse

En ce gamin taillant dans le saule un sifflet...

 

Quand je relis les noms inscrits au cimetière

Tous ceux que j'ai chéris jadis, joyeux et forts,

Ressuscitent. Je dis en contemplant leur pierre:

Le pays, c'est la terre où l'on connaît les morts…


                                                                                  (le Retour)

 

          Marié à Villers-Farley (Jura) où il réside de 1945 à 1951, il décède à Perpignan le 3 septembre 1954, l'année même ou son oeuvre lui vaut, le Grand Prix de Poésie des Jeux Floraux du Roussillon et "loin de votre Comté, sous un ciel pyrénéen, plus ensoleillé sans doute, où les circonstances de la vie, où votre cœur de père vous avait conduit ces années dernières." 2

          Titulaire de nombreux prix littéraires, deux fois couronné par l'Académie française, il est, paradoxalement, un poète oublié par cette terre qu'il a tant aimée.

          Son nom n'apparaît plus, aujourd'hui, dans les célébrités de Franche-Comté et il semble juste de rappeler cet artiste qui a si bien dépeint les hommes et les choses de sa "petite patrie".

          A Liesle, sa maison natale est sise au n° 9 de la rue qui porte son nom.

 

1:  Voyage en France-24è série Haute-Bourgogne, éditions BERGER-LEVRAULT (Paris), 1901.

2: Alice DECOEUR, 1954.

 

Extrait du bulletin municipal "ad perpetuam memoriam" de janvier 2007.

Date de dernière mise à jour : 07/05/2012