Nos portes

Paru dans les bulletins paroissiaux de Fourg, en avril et mai 1904 :

 

"L’objet de cette étude peut paraître banal ; nous pensons qu’il n’est pas dépourvu d’intérêt. Nous laissons de coté les devantures souvent remarquables qu’on voit sur les façades des maisons d’affaires, de commerce, d’industrie, et nous nous contentons de passer en revue les portes des simples particuliers. On y voit des dates, des noms propres, des inscriptions et des emblèmes variés.

Le publique aime a connaître l’âge des maisons comme celui des hommes. Nos maisons, en général, ne sont pas anciennes. Pendant longtemps, la plupart des bâtiments à l’usage des particuliers, à la ville comme à la campagne, furent en bois. A peine depuis 150 ans, les pierres, et les pierres taillées surtout, sont-elles devenues les matériaux ordinaires des habitations. Toute la campagne de notre province, était couverte de chaumières et de cabanes, sauf les églises et les châteaux. En 1534, les habitants taillables de Liesle, reconnaissent comme une chose digne de remarque, qu’à « haute et puissante Dame Claude de Rivoire, comtesse de Pontdevaux, vesve de fut 1 messire Laurent de Gorrevod, à son vivant, Seigneur dudit Liesle, de Chissey et Buffard, compète et appartient, une belle maison de pierre assise audit Liesle ». Ce ne fut, à Besançon, qu’au XVI ème siècle, que l’on commença à exiger, pour diminuer les chances du feu, que le front et les flancs des maisons sur les rues fussent bâtis en pierre.

Comme l’auteur d’un livre y appose sa signature, ainsi l’homme qui a bâti une maison, fait graver son nom au frontispice, comme pour dire à tout venant sa joie et sa fierté d’avoir mené à bonne fin une œuvre très laborieuse. […]

Deux portes de  Liesle, celle de Francois Roz et de la veuve Grenier, nous montrent, intercalée pour ainsi dire dans les millésimes 1741 et 1734, la douce prière : Dieu soit bény. Avant de pénétrer dans le corridor, voûté à l’antique, chez Léon Saucet, voyez sur votre tête l’invocation que Jeanne d’Arc  avait fait broder ou peindre sur sa bannière : JHESUS,MARIA. Encore à Liesle, au frontispice d’une maison qui appartient à M. l’avocat Lambert, on aperçoit des clefs, des tenailles, une enclume, un marteau, un fer à cheval sculptés en bas relief. Evidemment le premier propriétaire du logis était serrurier et maréchal-ferrant ; mais, un peu plus haut, au dessus de l’imposte vitrée, il s’est proclamé chrétien en exposant aux yeux de tous le monogramme du Christ. On découvre le même signe sacré en entrant chez Louis Lescoffy. […]

L’ornement pieux le plus souvent reproduit sur la façade de nos maisons, c’est une niche destinée à renfermer une statue de la Ste Vierge. Il y en a deux à Liesle qui méritent d’être signalées : celle de Mme Cussey, veuve Loriod, et celle d’Alphonse Cachot sur la maison qui lui vient des Jahin, ses beaux-parents ; le dessin de la première laisse un peu à désirer, mais elle est d’un calcaire bleuâtre qui plait, de bonnes dimensions et d’un travail soigné, puis, la Vierge y a son image en bon état. Comme tant d’autres, la seconde est vide depuis un certain temps ; elle est en pierre de Vergenne 2 et porte le millésime respectable de 1662.

Qu’on remette bien vite à sa place d’honneur la douce image de Marie afin qu’elle soit la gardienne de nos demeures, de nos personnes et de nos biens 

 

Résumé Alain CUSSEY

1 : veuve de feu…   

2 : la Vergenne, village de Haute-Saône situé à environ 12 km au sud de Lure.